La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"The hate U give", Angie Thomas

"Les intentions ont toujours plus de gueule sur le papier que dans la réalité".

Bande-son, évidente : ici. "The Hate U - "you", mais avec la lettre U - Give Little Infants Fucks Everybody. T-H-U-G-L-I-F-E. Ce qui veut dire que ce que la société nous fait subir quand on est gamins lui pète ensuite à la gueule. Tu piges?"

Starr a 16 ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres de gangs, la drogue et les descentes de police.
Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic; tous les jours , elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes.
Mais tout vole en éclats le soir où son ami d'enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s'embrase, tandis que la police cherche à enterrer l'affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu'elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère; et à redresser la tête.

En 1991, j'avais quatorze ans, et je pensais naïvement que l’esclavage, la ségrégation raciale, Martin Luther King et les Black Panthers, tout cela appartenait aux livres d'histoire. Et puis, il y a eu Rodney King et cette vidéo, coup de poing, coup au coeur. Les yeux grands ouverts, depuis, #blacklivesmatter, les émeutes de LA, les violences policières, le racisme ordinaire. Alors, vous pensez bien, quand j'ai vu qu'un roman young adult abordant le sujet allait sortir... et je ne suis pas déçue, pas du tout. D'ailleurs, il figurera dans la liste de mes élèves l'an prochain, parce que je sais qu'il plaira à certains, et parce que je me dis qu'il n'est jamais trop tôt. Ni jamais trop tard, en fait. Bref.

Alors, oui, au début, j'ai eu un peu de mal. Parce que l'argot des gamins et des gangs des banlieues américaines, traduit, c'est, euh, wesh ta mère, un peu bizarre, quoi. Mais passés les premiers moments d'adaptation (ouais, carrément!), j'ai été embarquée. Par Starr, sa famille, le Jésus noir et l'épicerie, par cette conscience politique que ses parents essaient d'éveiller, par son histoire d'amour naissante, par ses copines pas toujours sympas, par tout ce qui fait de cette histoire un bon roman pour ados. Parce c'est avec ces yeux-là qu'il faut le lire, surtout. Parce qu'il met en scène une gamine qui a grandi parmi les balles et les insultes, dans un ghetto bien pourri, dans une famille ni Doucoeur (pour les nostalgiques) ni dysfonctionnelle, qui était au mauvais endroit au mauvais moment, et qui se prend en pleine tronche ce que c'est que d'être un noir américain aujourd'hui. Et qui va faire face. Lever le poing. Faire entendre sa voix. Et puis douter, avoir peur, hésiter, faire des choix, bons, et mauvais. Et oser. OSER. Pour elles, et pour tous les autres. Parce que sa voix compte. Parce que chaque voix compte. 

 

 

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