La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Bakhita", Véronique Olmi

"Ce qu'elle croit, c'est qu'il faut aimer au-delà de ses forces, et elle ne craint pas les séparations, elle qui a quitté tant de personnes, elle est remplie d'absences et de solitudes". 

Il y a eu ce pronom, d'abord : "elle". En rafale. "Elle", arrachée à son enfance, à son village, aux siens. "Elle" qui en les perdant perd à jamais son prénom, resté dans les bras de son père, au pied d'un baobab. "Elle". "Elle" sera Bakhita, donc, puis la Moretta, esclave, affranchie, religieuse, sainte. Elle sera tout ça, mais toujours et pour toujours, elle sera la fille de sa mère. Une mère sans visage et sans voix, mais une mère, sa mère.

Il y a eu ces phrases, ensuite, syncopées. Brèves comme des coups de poignards. Ou comme des battements de cœur. Il y a eu ces phrases, aussi, si longues. Longues comme une mélopée, celle des milliers d'esclaves, celle d'une langue dont a oublié les mots, mais pas la musique.

Il y a eu ces mots, justement. Pleins de pudeur, pour dire la torture, les abus, les marches en plein soleil et les bébés qui meurent éclatés au sol. Et les cris silencieux. Et ces mots, Je ne lâche pas ta main. Et ce non. Et puis ces mots, encore, pour exister, ceux que l'on dit, ceux que l'on tait. Et peu importe, en arabe ou en italien, ou en prière, ils claquent. Comme des gifles, des drapeaux ou des baisers, c'est selon. Ces mots, ceux qu'elle avait si peu et que l'auteur a trouvés, allez savoir comment.

Il y a eu Binah, Mimmina, cet oiseau, ces enfants, ces religieuses, ces bateaux, ces maisons, et ce Dieu, aussi. Et ces pays en guerre. Et ces guerres. Et ces souffrances. Et cette vie, aussi incroyable que terrible. Et ce roman, qui m'a émue aux larmes. 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Scarlett Julie 25/05/2018 08:57

J'avais été bouleversée aussi ! C'était mon coup de poing de la rentrée littéraire 2017...

Jacqueline 23/05/2018 18:44

Un beau billet pour un livre poignant et une femme inoubliable ...