La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Couleurs de l'incendie", Pierre Lemaître

" Il arrive que des hommes aux idées courtes deviennent grands lorsque les circonstances s'y prêtent. "

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survèmrivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

(c'est clair, non?)

J'ai ADORE ce roman, j'ai dévoré ses quasi six cents pages en quelques jours, et en apnée. Dès la scène d'ouverture, digne héritière de sa grande soeur d'Au revoir là-haut (brr, ce cheval!) et d'une puissance évocatrice assez phénoménale, j'ai su que j'allais passer un moment de lecture parfait.

Parfait, d'abord, parce que ce roman est rythmé comme un blockbuster américain : sans temps morts, avec ce qu'il faut de rebondissements pour nous maintenir en haleine tout en mettant en place une vraie  atmosphère so frenchy-entre-deux-guerres. Un pavé qui se boit comme du petit lait, vraiment.

Parfait, ensuite (quelle belle argumentation structurée, hein, dites! C'est que j'ai appris que des élèves trainaient par ici, alors autant leur montrer le bon exemple...) parce Lemaître nous raconte une histoire, il écrit une espèce de fresque romanesque qui ne ferait rougir ni Balzac ni Zola (ni Hitchcock ni Hergé, d'ailleurs!), et qui pourrait presque elle aussi s'appeler "histoire naturelle et sociale d'une famille....". Il y a du Dumas dans cette histoire de vengeance, du Maupassant dans cette peinture sans fards de la décrépitude sociale, il y a tout ce qui faisait la beauté de la littérature du XIXème, mais dépoussiérée de ses longueurs, de ses digressions et de ses interminables descriptions. L'essence même du romanesque, bien loin de cette littérature blanche nombriliste tant à la mode aujourd'hui. Il y a de l'amour, dans Couleurs de l'incendie, de la haine, de la soif de pouvoir, de la musique, de la cruauté, et puis une certaine touche d'humour noir de la part de ce narrateur qui nous interpelle, nous questionne, nous fait des clins d'oeil. Il y a des histoires dans l'Histoire, et c'est tant mieux, car cette Histoire est à la fois trame de fond et personnage : crise de 29, montée en puissance du nazisme, journalisme dans la tourmente et voyages en train, tout y est! Un peu trop, même parfois,

Parfait, enfin, par sa galerie de personnages, où l'on retrouve de vieilles connaissances et où l'on découvre de nouvelles têtes, tour à tour démoniaques, ambitieuses, gouailleuses, courageuses, mais qui toujours sonnent juste (même si parfois un peu trop fort).  Monsieur Dupré et Paul exceptés, force est de constater que Pierre Lemaître a placé la femme au centre de son roman. Et pas n'importe quelles femmes, non. Madeleine, d'abord, personnage principal, une fille, une mère, une amante et une amie dans la tourmente, puis Léonce, que l'on voudrait détester et Solange, que l'on voudrait écouter, et cette incroyable Vladi que l'on voudrait serrer dans nos bras.

Des destins de femmes, dans une époque troublée, donc, et une trilogie dont on attend avec impatience le dernier tome!

 

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Jacqueline 10/02/2018 17:19

Un billet enthousiaste .....mais comme je n'ai pas lu le premier tome, je pense que j'attendrai le dernier pour me lancer dans la trilogie ....