La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Juste après la vague", Sandrine Collette

"La mère ouvrit les bras. Le père lâcha les petiots et l'enlaça avec un sanglot : alors ils accoururent tous dans une clameur qui, un instant, fit taire le vent, les petits, les grands, et tous ils s'étreignirent à s'étouffer, formant une boule compacte et détrempée au milieu de la tempête, un coeur chaud et puissant qui tressautait du rire des gamins, défiant les flots (...).

Il y a six jours, un volcan s’est effondré dans l’océan, soulevant une vague titanesque, et le monde a disparu autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. Alentour, à perte de vue, il n’y a plus qu’une étendue d’eau argentée. Une eau secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Depuis six jours, ils espèrent voir arriver des secours, car la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île.
Et l’eau recommence à monter. Les parents comprennent qu’il faut partir vers les hautes terres, là où ils trouveront de l’aide. Mais sur leur barque, il n’y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants. (...

 (après dix pages)

(le reste du temps)

C'est tellement facile que je voulais éviter. Être originale. Éviter le bateau (oups!), le cucul, le déjà vu. Et pourtant. J'ai beau chercher, rien ne me semble plus juste que cette métaphore filée-là. Toute bête, toute éculée, toute dictée par le titre, et l'histoire, et le livre. La vague. Celle qui arrive par surprise, qui fait perdre pied, qui engloutit, qui submerge, et qui se retire, en laissant groggy ceux qui, quelques minutes auparavant, ne se doutaient de rien. Et qui revient, encore et encore.

La  vague, c'est Sandrine Collette. Sandrine Collette, touchée par la grâce, celle des mots et celle des personnages, touchée par la poésie, la résilience, par ces liens que rien ne peut briser, par une humanité qui déborde et qui a fait déborder mes yeux dès la dixième page, m'obligeant à refermer le livre, parce que je n'étais pas prête, pas là, pas comme ça. J'y suis retournée à petits pas, me demandant comment l'auteur pouvait m'emmener ainsi où je ne voulais pourtant pas aller, loin de ce que j'avais imaginé à la lecture du résumé. La vague, c'est une maison en haut de la colline, une barque sur des flots déchainés, un poulailler abandonné et un radeau de fortune. Et des crêpes, beaucoup de crêpes.  La vague, ce sont Madie, Louie, Liam, Mattéo, Perrine, Noé, Emilie, Sidonie, Marion et Lotte. Et Adèle. Et Lucette. Tellement. Fort. Et pour toujours. La vague, c'est cette boule, là, dans ma gorge et dans mon ventre. Tout le temps. Et ces pages qui se tournent, ces accalmies, ces tempêtes, cette façon de jouer, avec mes nerfs et avec mon petit coeur déjà bien malmené. Cette envie de les secouer, de leur hurler dessus, de les prendre dans mes bras. La vague, ce sont ces deux mots-là, parce qu'il ne pouvait pas y en avoir d'autres.

Juste après la vague, c'est un merveilleux roman dont j'ai du mal à parler, tant le le lire a été une expérience physique et émotionnelle forte. C'est un texte que vous devez lire. Vraiment. Parce qu'il serait bien trop triste de ne pas rencontrer ceux-là.Croyez-moi.

 

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Karine 22/01/2018 00:58

Oh, je sens que je ne vais pas réussir à lire ça... too much pour moi. Je pense que je vais me contenter de vos avis. Ca semble terrible.

LaFée 09/02/2018 13:57

Oh non! Tu devrais essayer, c'est dur mais tellement beau <3

Jacqueline 18/01/2018 11:53

Je le commande de ce pas.....ton billet est trop tentant...

Jacqueline 09/02/2018 14:46

Oh! J'ai adoré...... haletant, angoissant, bouleversant ....

LaFée 09/02/2018 13:58

Alors Alors?