La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Une journée dans la mort de l'Amérique", Gary Younge

" Plus vous avez de chances d'être riche ou blanc, moins vous en avez de considérer que ces enfants pourraient être les vôtres. Ce n'est pas faux statistiquement, mais le fait est qu'il s'agit bien des enfants de quelqu'un et que ces parents-là pleurent comme tous les autres. "

Bande-son ici.

Chaque jour, ce sont près de sept enfants ou adolescents qui meurent par balle aux États-Unis. Cette statistique glaçante ne peut rendre compte à elle seule des vies détruites par les armes à feu, Gary Younge a donc décidé de raconter le destin des jeunes gens tués au cours d’une journée choisie au hasard. Ils sont dix à être abattus le 23 novembre 2013, dix enfants et adolescents âgés de 9 à 19 ans  : sept noirs, deux hispaniques, un blanc.
Gary Younge consacre un chapitre à chacune de ces victimes tuées par balle (...).
Vibrante immersion dans ces dix courtes vies, Une journée dans la mort de l’Amérique est un ouvrage aussi précis qu’intense. Gary Younge déploie tout son savoir-faire narratif pour nous immerger dans les États-Unis d’aujourd’hui et nous inviter à réfléchir, sans tabou, à cette tragédie américaine.

J'avais prévu de commencer ce billet en vous demandant si vous vous souveniez du 23 novembre 2013, mais Michel Dufranne m'a piqué mon intro (regardez ici son (excellente, comme d'hab!) chronique sur ce texte)... Mais qu'importe, ce qui compte, c'est qu'aujourd'hui, je peux vous dire que le 23 novembre 2013, j'étais aux USA. J'étais dans l'Ohio, dans le Michigan, dans l'Indiana, en Californie. Dans une ruelle déserte, derrière la porte d'une maison où résonne le rire des enfants, dans une chambre d’hôpital, au téléphone avec le 911. J'étais avec chacun de ces enfants, j'étais leur mère, leur frère, leur ami, leur coach, leur prof. Leurs sanglots sont devenus les miens, leur angoisse et leur colère aussi.

Quelle claque, misère, quelle claque. Un texte qui se lit comme un roman, mais qui n'a malheureusement rien de fictif. Au plus près des faits, sans angélisme, Gary Younge dépeint son pays d'adoption, celui du #blackslivesmatter, des gangs, du deuxième amendement, des lobbys, des gamins qui reçoivent un flingue comme cadeau de Noël, de la tuerie de Sandy Hook, un pays où les ados ont dix-sept fois plus de risques de mourir par balle que leurs homologues des pays à hauts revenus, un pays où il est tellement normal de posséder une arme qu'aucune (à une toute petite exception près) famille endeuillée ne va entamer une réflexion ou un combat contre ce qui a, tout de même, causé la mort de leur enfant. Édifiant.

Des études, des statistiques, des recherches, des entretiens, des réflexions, voilà le coeur de ce livre. Mais derrière, dans le fond de ce coeur neutre, journalistique et objectif, derrière cette enquête, derrière cette interrogation sur la culture des armes en Amérique, derrière cette envie de comprendre, de regarder, sans juger, derrière tout ça, il y a dix vies. Dix vies arrêtées par un coup de feu, par vengeance, par accident, par hasard, par malchance. Les vies de Jaiden, Kenneth, Stanley, Pedro, Tyler, Edwin, Samuel, Tyshon, Gary, Gustin. Dix prénoms. Dix vies. Une journée en Amérique.

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Fanny 17/12/2017 12:52

Michel Dufrasnes m'avait déjà convaincue et tu en remets une belle couche...

Fanny 17/12/2017 12:53

Oups Dufranne!

Jacqueline 17/12/2017 08:49

Convaincue par ton billet que ce livre se doit d'être lu...je le note donc...

argali 16/12/2017 21:43

Michel en a fait une belle chronique aussi, je l'ai déjà noté. Mais avec Hillbily Elegie, j'ai besoin de lire moins dense;