La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Daddy Love", J-C Oates

"Daddy Love", J-C Oates

"Plus tard, peut-être un autre jour. Le Temps n'existe pas dans ce lieu où elle n'était plus Maman mais cette pitoyable chose brisée".

Un enfant enlevé, arraché plutôt, à la main de sa mère, et à l'amour des siens. Un enfant parmi tant d'autres, un de ceux dont le visage apparait sur les briquettes de lait, quelque part, aux Etats-Unis. Un enfant élévé, pendant de longues années, par un prédateur-prédicateur, un enfant dressé, plutôt, et abusé. Par Daddy Love. Voilà de quoi il est question dans le dernier roman de Oates, et même si l'essentiel est ailleurs, je vous conseille d'éviter de lire la quatrième de couverture, beaucoup trop bavarde à mon goût.

Daddy Love. Un roman qui dérange, qui gratte, qui appuie là où ça fait mal. Longtemps. Très longtemps. Mais Oates reste Oates, sublime, de bout en bout. Jamais elle ne tombe dans la facilité, dans le pathos, dans le sordide, et pourtant, avec un sujet pareil... Il y a comme une urgence, en tournant ces pages, une espèce de litanie obsédante, Donne-moi la main, la main, la main. On ne sait où l'on va, ni comment, mais on sait que ce sera terrifiant. Dérangeant. Difficile. Sublime, encore. Oui, je sais, j'exagère. mais quand je parle de Oates, je perds le sens de la mesure. Et vous savez quoi? Je m'en fous. J'assume. J'aime cette impression que l'on fouille mon ventre avec de gros doigts crochus, j'aime fermer les yeux, pour ne plus voir les mots, secs, tranchants, ceux qui font mal, ceux qui disent sans rien dire. J'aime la distance, nécessaire, celle que le lecteur prend avec le roman, et celle qui permet aux personnages de ne pas sombrer, ou du moins d'essayer. Pourtant, c'est à nos peurs les plus intimes qu'Oates s'adresse, et quand elle parle du pire du pire, sans détour, sans fard, presque cliniquement, c'est le tréfond de nos entrailles qui se soulève. Et puis cette fin, là, ces mots, là... Wow.

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J
Voilà, je l'ai terminé hier soir ...... et .... ce roman m'a happée, nouée, secouée, sonnée ..... et la fin m'a laissée KO (d'ailleurs, j'en ai passé une mauvaise nuit)...... Waouh, quel talent ... !!!
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L
<3 Que je suis contente de lire ça. La fin m'a laissée totalement sur le cul, moi aussi!
J
Je dois avouer que le sujet me fait "un peu peur" ...
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L
Je comprends, et tu as raison d avoir peur : c est assez brut, comme texte. Mais c est aussi ce qui le rend si fort...
S
Ouch, il est temps que je lise enfin un titre de cette auteure !
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S
je suis attirée par Nulle et grande gueule depuis longtemps, je crois que je connais le titre qui va me faire craquer ;) Si j'accroche, je tenterai un autre style !
L
Je ne sais pas trop. En jeunesse, " Nulle et grande gueule" est super ; dans le genre autobiographique "J'ai réussi à rester en vie" est très touchant ; si tu veux du sulfureux " Sexy" ou " Délicieuses pourritures" ; dans le genre grand beau Oates mais un peu plus "difficile" d'accès (on aime ou on n'aime pas) mon top trois c'est " Les Chutes", "Petite sœur mon Amour" et "Maudits", je crois :-)
S
J'avoue que je le crains un peu aussi ^^ Un titre à me recommander en particulier pour la rencontrer?
L
J ai peur de lire que tu n aimes pas, du coup, ahahaha....
F
Ca, c'est du rapide! <br /> J'ai lu la 4e de couverture et wooooh le sujet qui fait mal! J'ai encore "Maudits" à lire! Que vais-je faire?!
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F
Je pense que je vais d'abord lire "Maudits" et ensuite m'attaquer à ce dernier bijou :-)
L
J ai vraiment ressenti cette urgence de lecture, c était assez bizarre. Je pense que les choix, stylistiques et narratifs, y sont pour beaucoup, mais tu verras :-)
L
J ai vraiment ressenti cette urgence de lecture, c était assez bizarre. Je pense que les choix, stylistiques et narratifs, y sont pour beaucoup, mais tu verras :-)
M
Comment résister à ces mots? Je sens que ce sera douloureux, pour mon plus grand plaisir, comme c'est souvent le cas avec Oates.
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L
C est en effet le retour de la Oates qui fait mal, mais qui le fait tellement bien...
N
Punaise. J'ai failli le prendre en librairie ce weekend et puis non... Je m'en veux !
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L
Résister à un Oates, c est un sacrilège!